
OpenAI vient de franchir un cap dans la monétisation de ChatGPT. Six semaines après avoir lancé ses premières publicités, le chatbot génère déjà 100 millions de dollars de revenus publicitaires annualisés. Et la prochaine étape fait froid dans le dos : des pubs qui vous répondent.
100 millions en six semaines : le démarrage express
Le 9 février 2026, OpenAI a activé les publicités dans ChatGPT pour les utilisateurs gratuits aux États-Unis. En à peine six semaines, le bilan est impressionnant :
- 100 millions de dollars en revenus publicitaires annualisés (Reuters)
- Plus de 600 annonceurs embarqués (Best Buy, Expedia…)
- Moins de 20 % des utilisateurs éligibles touchés
- Un CPM de 60 $ pour 1 000 impressions — bien au-dessus de la moyenne du web
Pour justifier ce prix premium, OpenAI avance un argument de poids : selon Criteo, son premier partenaire adtech, les utilisateurs redirigés par un LLM convertissent 1,5 fois mieux que sur les autres canaux.
Des pubs qui vous parlent : le partenariat avec Smartly
Le vrai virage, c’est l’annonce du partenariat avec Smartly, une plateforme adtech finlandaise (101 M$ de revenus en 2025). Leur mission : créer des formats publicitaires conversationnels dans ChatGPT (Business Insider).
Concrètement, au lieu d’une simple carte sponsorisée sous une réponse, l’utilisateur pourra cliquer sur une pub et entrer dans un dialogue avec un chatbot de marque. Vous cherchez un smartphone ? La pub Best Buy pourra vous poser des questions sur vos besoins et vous recommander des modèles.
Laura Desmond, CEO de Smartly, cite en exemple leurs pubs conversationnelles pour Boots (UK) sur Instagram : ce format a été 5 fois plus efficace pour générer des ventes que les publicités classiques de Meta.
L’armada publicitaire d’OpenAI se met en place
OpenAI ne fait pas les choses à moitié. L’entreprise a recruté David Dugan, ex-VP de Meta qui dirigeait la division clients et agences depuis plus de 10 ans. Il rejoint une équipe de vétérans : Fidji Simo (ex-Facebook), Denise Dresser (ex-Slack). Ce n’est plus une expérimentation, c’est une machine de guerre publicitaire.
Côté partenaires :
- Criteo (partenaire officiel depuis le 2 mars) connecte 17 000 annonceurs
- Smartly gère l’optimisation créative en temps réel
- Des discussions avec The Trade Desk sont en cours (The Next Web)
Ce que ça change pour vous
Si vous utilisez ChatGPT gratuitement, attendez-vous à voir de plus en plus de pubs — et des pubs de plus en plus sophistiquées. OpenAI promet qu’elles seront clairement identifiées, qu’elles n’influenceront pas les réponses organiques, et que vos conversations resteront privées.
Les outils publicitaires en self-service (sans le minimum actuel de 200 000 $) arrivent ce mois-ci. Des pilotes au Canada, en Australie et en Nouvelle-Zélande suivront. L’Europe ? Pas encore annoncée.
Pour les marketeurs, c’est un nouveau canal à surveiller de près. Avec 800 millions d’utilisateurs hebdomadaires dont 95 % gratuits, le potentiel publicitaire est colossal. L’analyste Mark Mahaney (Evercore ISI) estime qu’OpenAI pourrait atteindre 25 milliards de dollars de revenus pub d’ici 2030.
Comment fonctionnent les pubs dans ChatGPT
Concrètement, les publicités apparaissent dans les réponses de ChatGPT sous forme de recommandations sponsorisées. Vous demandez « quel laptop acheter pour le développement ? » et ChatGPT vous suggère un Dell XPS avec un lien sponsorisé. OpenAI affirme que les pubs sont « clairement identifiées », mais la frontière entre recommandation organique et publicité reste floue.
Le format est inspiré de Google Ads : les annonceurs enchérissent sur des intentions (pas des mots-clés). Si un utilisateur exprime l’intention d’acheter, de voyager ou de s’abonner, les pubs pertinentes apparaissent. OpenAI promet un taux de publicité « inférieur à 5% des conversations ».
Réactions de l’industrie
Les réactions sont vives. Google voit une menace directe sur son monopole publicitaire. Les utilisateurs craignent que la qualité des réponses soit biaisée par les annonceurs. Les régulateurs européens s’interrogent sur la transparence — le Digital Services Act impose des règles strictes sur la publicité ciblée. Pour OpenAI, c’est un pari risqué : monétiser sans aliéner les 300 millions d’utilisateurs qui paient déjà 20$/mois.
En vidéo
ChatGPT et la publicité : comment l’IA transforme le marketing
Notre avis
C’est inévitable mais risqué. L’atout d’OpenAI, c’est la confiance : les gens posent à ChatGPT des questions qu’ils ne taperaient jamais sur Google. Transformer cet espace intime en surface publicitaire, même conversationnelle, est un pari. Anthropic l’a compris en refusant toute pub sur Claude. La question n’est pas si ChatGPT va avoir de la pub — c’est si les utilisateurs vont rester.
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Sources : Business Insider, The Next Web, Reuters