Le syndicat américain SAG-AFTRA, qui représente plus de 160 000 acteurs, est entré en avril 2026 dans une phase critique de négociation avec les studios hollywoodiens. Au cœur des revendications : une « Tilly tax » sur les personnages générés par IA, du nom de la première actrice virtuelle à avoir été présentée à un grand festival. Le précédent contrat expire en juin. Tour d’horizon d’un dossier qui peut redéfinir les économies du cinéma.
Qu’est-ce que la « Tilly tax »
Le principe : chaque fois qu’un studio utilise un personnage entièrement généré par IA dans un film ou une série, une taxe revient à un fonds géré par le syndicat. Le fonds servirait à financer la formation, la santé et les retraites des acteurs humains.
Le montant exact reste en négociation. Les premières propositions évoquent 10 à 20% du budget alloué à la production du personnage IA, avec un plafond et des seuils selon le type de production.
Le contexte : Val Kilmer et les replicas
L’actualité a accéléré le sujet. Val Kilmer, décédé en 2025, doit apparaître dans un nouveau film en 2026 sous forme de réplique IA, avec l’accord de sa famille. La famille Tupac négocie aussi des deals similaires pour des concerts holographiques.
Côté musique, Warner Music a réglé en novembre 2025 avec Suno et Udio des accords de licence avec opt-in artistes. Universal a fait de même avec Udio en octobre. Sony reste en procès.
Le NO FAKES Act au Congrès
Le NO FAKES Act, qui établirait un droit fédéral à contrôler les répliques IA de sa voix et de son apparence, a été réintroduit au Congrès mais n’est pas voté. Le projet bénéficie du soutien bipartisan mais peine à avancer face au lobbying des plateformes.
Sans loi fédérale, les acteurs s’appuient sur les contrats de leurs syndicats et les législations état par état (Tennessee ELVIS Act, Californie AB 2602).
Ce que les studios acceptent et refusent
Sur le consentement et la rémunération en cas d’utilisation d’une réplique numérique d’un acteur vivant ou décédé, un terrain d’entente existe. Sur la « Tilly tax » pure (taxer les personnages 100% IA), les studios résistent : ils craignent de payer pour une production qui ne mobilise aucun acteur humain.
L’issue probable : un compromis qui combine consentement renforcé, déclaration obligatoire d’usage IA dans les génériques et fonds de transition sectoriel.
❓ Questions fréquentes
Quel impact pour les acteurs français ?
Les négociations SAG-AFTRA concernent les productions américaines. En France, la SACD et le SNAC suivent le dossier de près. Une convention collective française intégrant des dispositions similaires (consentement, rémunération supplémentaire pour l’IA) est en discussion pour 2026-2027.
Les studios utilisent-ils déjà des acteurs IA ?
Oui, principalement pour les seconds rôles, le rajeunissement numérique (Indiana Jones 5) ou la résurrection (Star Wars Rogue One). Les premiers rôles 100% IA restent rares mais des projets comme l’apparition de Val Kilmer ouvrent la voie.
L’IA va-t-elle remplacer les acteurs ?
Pas à grande échelle dans les 5 ans. Les acteurs IA peinent encore sur l’émotion subtile et la performance physique complexe. En revanche, doublures, foules numériques et seconds rôles génériques sont déjà largement automatisables.